« L’amour comme l’or est un mot clabaudé,

Il roule sur la table avec un bruit de dés. »

                              Louis Aragon, le Poème Inachevé

 

« Talking about love is like dancing about architecture. »

                              Angelina Jolie, Playing by Heart

           

Marie Antoinette est le film prétexte par excellence. L’éponyme elle-même n’a aucune forme d’importance en soi : complètement minimaliste, au niveau de l’historique comme des dialogues. Les profils psychologiques sont tous implicites. Le sentiment principal du film, comme pour les deux autres de Sofia Coppola, est la « nostalgie d’un futur avorté » (cette critique est sponsorisée par Doliprane). Mais ici, les gains et les pertes se font de façon implicite. Rien n’est dit, jusqu’à ce que les émotions, les relations, les personnes même perdent leurs contours, leur identité, leur passion juvénile. Dans ce film, l’âme est comme la pile Duracell : c’est quand on ne s’en sert pas qu’elle s’use. Il y a d’ailleurs une analogie amusante avec le fameux lapin Duracell: le désir sexuel aussi s’émousse quand on ne s’en sert pas.

 

Sans plus attendre, la critique à proprement parler.

 

La Classe : Une chose qu’on ne peut pas reprocher à ma chere Sofia, c’est d’être là uniquement grâce à son père. Ce film est classe comme James Bond fumant des Yves Saint Laurent. L’unité de temps, de lieu, tous ces trucs là coulent de source, sans être oppressants. La grande prouesse est que l’ensemble du film, dans le moindre détail, est compréhensible sans avoir recours aux dialogues. Entre l’image parfaitement calée, et la bande son années 80 inconnue mais accessible, le thème se dégage de lui-même, sans besoin de longues réflexions. Ni le budget ni la connaissance technique ne manquent à l’appel ; et tout est mis au service de la cause : les costumes, les décors…. Le Grand Opéra de Paris, le palais de Versailles même sont utilisés pour dégager un  je ne sais quoi (en anglais dans le texte) des magnifiques images. Autre chose : Pas d’accents. Bien que je ne sois pas anti-américain en matière de cinéma, je ne supporte pas qu’on me serve des personnages francophones parlant entre eux en anglais avec un lourd accent français. 

 

Le Vrai Message du Film : « Ce n’est pas une leçon d’histoire. C’est une impression documentée, mais portée par mon désir de couvrir le sujet différemment  – Sofia Coppola.» Plus qu’une métaphore explicite, c’est le sentiment de métaphore qui transpire tout le long. La distance, la rêverie…. Personnellement, j’y ai vu un attendrissement sur la génération gâtée pourrie des années 80, les premiers enfants-rois. Perdue plutôt que sacrifiée : Les parents soixante-huitards sont déjà rentrés dans le système, mais n’ont pas encore renoncé à leurs convictions. S’ensuivent des séries interminables e non-dits, de sous entendus, et surtout d’espoirs déçus, pour les enfants comme pour les parents. On peut le voir dans la musique, dans la paire de Converse au milieu des chaussures de princesse, et dans l’absence de culpabilité de tous les personnages. La crise économique est un thème récurrent, et la volonté de protéger les enfants du monde extérieur aussi. Mais ça ne veut pas dire qu’on est là que pour les beaux costumes : tout le film tourne autour du fait avéré que le couple royal ne savait pas comment on fait des bébés (littéralement !). Plutôt que de tronçonner la réalité historique pour servir le récit, Sofia choisit, danse avec les thèmes : même la fameuse citation « de la brioche » est employée de manière personnelle, et la guillotine est élégamment évitée.

 

Le Monde Réel : Une fois passé la triste scène des huées à Cannes (certains parlent d’un groupuscule au fond de la salle), le film s’en est plus ou moins bien tiré chez les critiques (54%). Fait intéressant, 75% des entrées se sont fait en dehors des états unis, et toutes les éditions spéciales du DVD sont faites pour le Japon. Les premières critiques en France, reprochant le manque de sérieux dans le traitement du sujet, se sont vite estompées quand il a été clair que les américains ne s’emballeraient pas. Sofia Coppola a revendiqué pleinement tout le film : sentiment, détachement, anachronismes, etc. Dans l’ensemble, un film classé artistique par ceux qui l’ont compris, et classé incompréhensible par les autres.

 

Sincerement,

sidiLemine